Jour 9, Ngapali

Réveil en douceur. Nous allons déjeuner au bord de la piscine. Les plats sont variés, salés, sucrés, mais pas à la hauteur de ceux de Bagan. C'est évidemment quand même bon et on se gave de nouveau. Le régime, ça sera au retour. On revient à la chambre quand on entend un miaulement désespéré. On tourne la tête à droite, à gauche, on ne voit pas le chat. Puis en écoutant mieux, on réalise que la plainte vient du haut d'un cocotier, juste derrière le mur extérieur de l'hôtel.

Olivier arrive même à le voir et le prendre en photo (on fait feu de tout bois). Cet imbécile de chat a grimpé tout en haut et ne peut plus redescendre. Les miaulements sont tellement rapprochés que les gens qui se trouvent dehors lèvent tous la tête, y compris le vigile à l'entrée. Que font les pompiers ? Sortez la grande échelle !

 

EXPLORATION


Puis nous partons en expédition au-delà du village de pêcheurs dans l'espoir d'atteindre la forêt de mangrove décrite dans mon guide. Nous partons vers 10h30. Le soleil cogne déjà pas mal. Nous dépassons les femmes qui ce matin, comme tous les matins de leur vie, répandent les poissons que les hommes revenus débarquent au fur et à mesure de leurs bateaux. Le travail à l'envers, encore et toujours. Une odeur pestilentielle par endroits se dégage de ces étendues de poissons morts. Une chose nous frappe : il n'y a pas une seule mouette. Pas une. C'est étrange, et on ne comprend pas pourquoi. Nouvelle série de photos.

 

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Nous dépassons les étalages de poissons et poursuivons notre route. Le sable disparaît progressivement pour laisser place à de gros rochers noirs. On continue. On arrive au bout de la crique. On aperçoit la pointe d'un stupa très clair, décrit dans le guide. Nous sommes sur le bon chemin. Il est en haut de ce qui pourrait ressembler à une petite falaise depuis notre emplacement. Qu'à cela ne tienne, grimpons en tongs ! En haut, joli point de vue, mais le stupa est très moche. Pour éviter de nous briser le cou en redescendant par la même voie, nous prenons le vrai sentier par lequel viennent les habitants. On traverse un complexe délabré composé de grands bacs en ciment et de petites habituations peut-être, rien n'est sûr. Séance d'UrbEx. Des femmes ramassent là aussi du poisson par paniers entiers.

 

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D'après le plan consulté avant de partir, il y a deux autres criques de l'autre côté de ce bras de terre. Il semblerait que nous soyons parvenus de l'autre côté car nous nous trouvons dans une nouvelle crique, avec une nouvelle plage et de nouvelles ramasseuses de poissons.
Tiens, c'est chouette, tout au bout de la plage, à au moins un kilomètre, sinon deux, y'a une autre colline assez haute avec un bouddha géant dessus. Un peu leur Bouddha Rédempteur, on doit se trouver à Rio de Ngapali. On y va ?

 

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LE BOUDDHA GEANT

 

Fiou. Il fait chaud, et c'est loin, et c'est haut aussi. Ok. Nous voilà partis pour une nouvelle plage à parcourir, nouvelles photos, on découvre les bateaux de plus près : l'un d'eux fait sécher de gros poissons découpés en lamelles entre la queue et la tête, et dont les lamelles sont écartées les unes des autres pour permettre un séchage plus rapide par une lame de bambou. Les poissons sont accrochés aux cordages du bateau, comme des guirlandes, et les pêcheurs sont en train de manger à l'intérieur. Petit signe de la main, sourires, photos. La majorité des bateaux sont équipés de plafonds de guirlandes aussi, mais celles-ci électriques, et artisanales. De simples rangées de fils sur lesquels sont montées des ampoules basiques. On peut repérer ces bateaux le soir, en mer, toutes lumières éclairées. Elles attirent les calamars.

 

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Au moment de quitter cette nouvelle plage pour s'attaquer à la montée du bouddha, un petit d'homme birman sort soudainement d'un abri en hurlant un cri de guerre, prend quelques poses belliqueuses puis vient se jeter sur moi en courant. Il me rentre littéralement dedans, la tête la première et continue de pousser des cris. Je me prends au jeu (joue-t'il ?) et le repousse en lui faisant des chatouilles. Mais il persiste, le bougre ! Pendant ce temps, Pentax se lâche et immortalise la scène.
L'ascension est rude au pic du soleil et nous gravissons la colline en une vingtaine de minutes pour arriver à un gigantesque bouddha moche tourné vers la crique. Sa base n'est même pas terminée. Les 4 points cardinaux sont marqués par l'entrée principale, une cloche, un gong tibétain et un gong triangulaire comme on en trouve ici. Tout est en cours de construction. L'escalier principal est lourdement agrémenté de deux rampes en forme de serpents asiatiques dont les deux têtes concluent la montée et regardent la statue.
Ouais. On a vu mieux. Par contre la vue est sympa de là. Photos.

 

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Impossible de revenir par le même chemin. Trop long, trop chaud. On décide de couper le bras de terre et de rejoindre en ligne droite notre hôtel. En espérant ne pas se perdre. Nous passons par un gros village aux "rues/chemins" bien délimitées, avec des maisons soit de bambou et feuilles séchées, soit en bois ou ciment. Tout est très pauvre. Les barrières sont de travers et tiennent comme elles peuvent, les commerces sont en fait des maisons auxquelles on attache les articles en vente à des ficelles qui sont accrochées aux fenêtres. Une famille possède un singe, attaché à une chaîne, sur un banc devant la maison. Pour nous, elle lui donne des chips pour qu'il reste tranquille. Puis la population devient plus dense et on traverse même plusieurs carrefours. On voit des enfants habillés en uniforme sortir de l'école pour le déjeuner, la vraie vie pour eux, chez eux, dans leur village, sous des cocotiers, à une dizaine de mètres d'une plage et sable blanc à l'eau turquoise. Quelle ironie.

 

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Vingt minutes plus tard nous sommes rendus. Beaucoup plus rapide comme ça. On a fini la route en rattrapant Ngapali Road. On a chargé en poussière mais on est arrivés sans se perdre. Je n'en pouvais plus. 13h30. Trois heures de marche et d'escalade en bermuda avec un appareil photo qui semblait peser de plus en plus lourd.

À l'hôtel, le chat perché miaule toujours. Comment va-t'il s'en sortir...? Nous mangeons rapidement une salade au restaurant de l'hôtel, devant la piscine. Et puis comme ça fait limite, on demande des pancakes. Résultat : une assiette de 5 crêpes chacun faites en direct, accompagnées de miel. On est peu de choses...
Après-midi plage et sieste. Puis en fin de séance bronzage, vers 17h, Olivier repart faire des photos du côté des ramasseuses de poissons et j'en profite pour continuer le journal.

 


Nous partons manger de nouveau au Family ce soir. On s'arrête d'abord au magasin de souvenir de la veille, j'ai d'autres trucs à acheter. De toute façon, je n'aurai pas assez d'argent jusqu'à la fin, je me suis planté dans le calcul des dépenses, on a beaucoup plus dépensé en repas que prévu. Et je n'avais pas compté non plus les transferts aéroport-hôtel-aéroport, et les transports en général. Tant pis, c'est les vacances. Je retirerai et l'argent à Yangon demain. Autant vider les caisses ce soir. J'achète des ouvre-bouteilles sculptés assez curieux (car on ne se doute pas que ce sont des ouvre-bouteilles) et comme je vois qu'ils acceptent les cartes bancaires, je demande à payer ainsi.
Et là, c'est le gag. Ils ne se sont encore jamais servis du terminal de paiement, où l'on passe la carte et compose son code. D'abord, ils ont du mal à le brancher. Le mari s'y colle. On nous fait asseoir, avec force sourires. Surtout no stress. Tout se fait lentement. Il lit les indications lentement, il tape lentement. La femme se rapproche. La fille est en train de démonter son Samsung pour une raison inconnue et tend sa batterie à son père. Il me demande ma carte. Il la glisse sur le côté. L'écran demande de l'insérer. Il la re-glisse. Je lui fais gentiment remarquer qu'il faut l'insérer. Pas de problème : il l'insère. L'écran demande alors de la glisser. Il me regarde et sourit, puis la glisse de nouveau. Je ferme ma gueule.

Nouvel écran : composez le code VVF2. Jamais vu ce code. Il tape le cryptogramme. Jamais vu ça non plus. Le cryptogramme, on s'en sert en général pour acheter sur internet. Le fils est là, maintenant. Nous sommes 6 autour du TPE revêche. On lui demande un montant. Il tape 10. Je regarde Olivier, puis me retourne vers le mari : non, non, c'est 9 dollars, pas 10 (oui bon, je fais ma radasse mais "c'est le principe !") ! La femme me dit qu'ils doivent me débiter de 10 mais qu'elle me rendra 1 dollar. Mais qu'est-ce que c'est que ce bin's ? Un voisin vient d'entrer avec un bébé dans les bras. Nous sommes 7 maintenant. Cela serait à mourir de rire si je ne craignais pas que des conneries soient faites sur la carte. J'ai déjà été obligé de demander une ré-édition du code une semaine avant de partir parce que je l'avais (bêtement) oublié.
Nouvelle tentative. Glissage, insertion, re-glissage, cryptogramme. Commande invalide. Il s'excuse, nous explique : "First use ! " (C'est la première utilisation!) et sourit. Finalement, voyant qu'il ne s'en sort pas, je lui tends un billet de 10000 kyats et l'affaire est réglée en 1 seconde, dans un grand éclat de rire général. "Real money better! " (L'argent réel, c'est mieux!). Tu m'étonnes, John. Au moins on aura passé un bon moment. En espérant qu'il n'y a pas eu quelque subtile escroquerie à mon encontre. Non. Les Birmans sont honnêtes. Pas une arnaque depuis le début. Ça change de l'Inde.

Au Family, en attendant la commande, je rédige mes cartes postales avec l'aide de la serveuse qui m'écrit mingalaba (bonjour) en birman. Ça fait class, d'écrire en birman. C'est très joli. Je le recopie sur chacune. En terme de folies, je n'ai absolument aucune limite. J'écris même à la petite vendeuse du Sephora de Bordeaux-Lac qui m'a filé plein d'échantillons avant de partir. Je lui avais promis de lui envoyer une carte postale. J'utilise la condensation sur nos bouteilles fraîches et nos verres pour coller les 20 timbres sur les cartes. Ils font au moins 6 ou 7 cm de long ! Je vais y laisser la langue sinon !
Puis la commande arrive. Curry de calamar à la noix de coco pour moi, nouilles frites pour Olivier. Et entre les plats, une Myanmar de 640ml pour moi, Olivier m'aide un peu bien que je me sente assez grand pour la descendre tout seul. En partant, le patron qui voulait nous raccompagner hier avec sa moto nous souhaite un bon retour en France et surtout qu'on reste en contact. On lui assure qu'on lui fera de la pub, et c'est vrai. Ils nous ont encore offert un plat ce soir. Hier, un dessert sur 2, ce soir, l'assiette de pastèque. Ce n'est pas grand-chose mais ils n'étaient pas obligés. Il nous répond qu'il traitera nos amis comme de la Famille (le nom du resto). On sent le discours rôdé, mais on prend. Mais bon, là on va y aller quand même, parce qu'on s'est promis un cocktail au retour à l'hôtel, au bar-bateau, en bordure de plage. Pour fêter le départ, demain matin.
Mais c'est une grosse, une énorme déception : à notre arrivée, tout est éteint, un employé de l'hôtel regarde une télé accrochée au plafond dans le hall de l'accueil et nous dit que le bar est fermé. J'aurais dû écouter Olive qui voulait y aller avant le resto. Pffff. Pas grave. Ils veulent nous gâcher notre départ de Ngapali ? Ils ne nous gâcheront pas notre départ de Yangon. On se rattrapera et je boirai mon mojito birman !

(23h56 - le courant vient de se couper quelques secondes, puis reprise. Au moins dans les coupures ils sont réguliers !)

On reste un moment à la rembarde du bateau-bar vide, un peu déçus, à écouter le bruit des vagues de cette mer désormais noire, la tête ailleurs. Et c'est là qu'on réalise que ce n'est pas la côte et ses lumières que nous sommes en train de voir en face de nous. Car en face de nous, si la terre était plate, il y aurait l'Inde. Non. Les points lumineux qui illuminent l'horizon - j'en compte au moins une soixantaine - sont autant de bateaux de pêcheurs, leurs plafonds de lumières allumés, dans l'espoir de faire venir les calamars dans leurs filets. C'est beau.
Nous retournons à la chambre. Le chat dans le cocotier ne miaule plus.

 

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