Jour 7, Lac Inle

Une journée plutôt reposante, aujourd'hui. Petit déjeuner avec les habituels pancakes qui ne sont en fait que des crêpes comme les nôtres, le thé ou le café, Olivier qui demande encore s'ils ont du chocolat alors qu'il sait très bien qu'ils n'en ont pas, et l'assiette de fritures (beignets, samoussas, trucs inconnus bons, trucs inconnus moins bons...) puis notre hôtesse speed (qu'entre nous j'appelle Huguette, tu comprendras peut-être, lecteur) nous retrouve à l'accueil lorsque nous sommes prêts pour partir en excursion en bateau, avec un paquet à la main : nos guides!

Bien ficelés, ils sont là, ils sont bien là ! Elle nous les remet avec un grand sourire et en profite, tant qu'elle y pense - à moins qu'elle ne pensât qu'à ça (et hop! Un subjonctif, ça fait toujours bien), elle en profite, donc, pour nous demander de lui fournir sans faute nos références de vol du lendemain pour qu'elle nous réserve un taxi pour l'aéroport, Heho, qui se trouve à 40km de Nyaung Shwe. "C'est pas cher, c'est 18000K !" Elle nous force gentiment la main sur toutes les visites et autres dépenses depuis notre arrivée, ça commence à m'insupporter. "C'est le principe !", dirait Karine. Je lui réponds que je ne les ai pas sur moi et qu'on verra ce soir. Je pense : on va trouver un autre taxi et tu vas t'asseoir sur ta com pour une fois, ça changera. Pas très catholique, surtout après l'épisode stupide des guides, mais bon, je ne vais pas à la messe, donc ça ne me fait pas mal aux dents quand j'y repense. Et on lui a lâché assez de kyats à notre goût. À commencer par le... le quoi d'ailleurs ? Le batelier ? Le pêcheur ? Je ne sais pas ce qu'il est, mais il est là, à l'heure, pour nous faire découvrir le lac Inle à bord et son sampan, la pirogue traditionnelle agrémentée d'un moteur.

Birmanie - 786Nous partons avec lui et arrivons au quai. Nyaung Shwe est à quelques kilomètres du lac mais un chenal établit la liaison. Nous montons à bord du sampan, sorte de longue pirogue d'une dizaine de mètres de longueur pour à peine 1m de large au centre. Deux sièges en bois nous attendent, l'un derrière l'autre, avec chacun un gilet de sauvetage plié sur le dossier. L'étroitesse du bateau le rend assez instable mais nous gérons la mise en place comme des chefs. Pentax et Nikon installés, Djago (notre guide pour la journée) démarre le moteur bruyant et nous voilà partis, la bouche fendue d'un sourire toutes dents dehors, d'une oreille à l'autre. Depuis qu'on en parlait ! Le lac Inle avec ses pêcheurs aux filets coniques qui enserrent leur pagaie autour de la jambe, ses marchés flottants que nous avons vus à la télé il y a quelques mois et qui nous ont décidés à venir ici... Ça y est, on y est !
Le lac fait 22 km de long et 11 de large et est bordé de marécages et de villages entiers sur pilotis. On va encore faire chauffer les cartes mémoire.

Nous descendons vers le sud. On suit le parcours en temps réel sur l'iPad en mode GPS, je m'en serais voulu de ne pas l'avoir emporté. Mais on le range vite lorsqu'à la sortie du chenal, au loin, nous entr'apercevons des bateaux de pêcheurs avec leur drôle de filet ! Ils sont en train de pêcher en plus, quelle chance ! C'est comme sur la couverture du Lonely Planet, c'est énorme !

Sauf qu'ils ne sont pas vraiment en train de pêcher. Ils se postent à la sortie du chenal car c'est de là qu'arrivent tous les touristes et en avant le carnaval. C'est un vrai spectacle à la fois étonnant et désolant. Ils jouent un numéro de singe devant nous, qui les prenons en photo. Évidemment qu'on les prend, la réputation du lac Inle leur est due en grande partie. Sauf que là, c'est du grand guignol. Olivier me fait remarquer qu'ils portent des vêtements immaculés. Pour des pêcheurs, ils sont bien proprets ! Chacun dans son secteur, ils laissent les bateaux de touristes (dont évidemment les guides sont complices) et prennent lentement toutes les positions célèbres de ces pêcheurs : en équilibre sur une jambe, un relevé de filet, puis on attrape un pauvre poisson moribond au fond de la pirogue pour le montrer aux touristes devant leur filet... C'est navrant, triste et me met très mal à l'aise. Moi qui avais peur du safari, ben là, on ne pouvait pas faire mieux. J'ai honte d'être dans le bateau à le mitrailler. D'ailleurs j'arrête. À ce sentiment s'ajoute une certaine déception et une crainte concernant le reste de la journée. Déjà, on doit à priori aller à la rencontre de femmes girafes, celles qui portent une dizaine de gros anneaux autour du cou pour l'allonger démesurément, au point qu'elles ne sont plus capables de soutenir leurs têtes si jamais elles les enlèvent. Je sais que cette visite aussi va être assez déshumanisante pour ces femmes, qui ne font rien qu'avoir un grand cou et être connues partout dans le monde pour cette simple raison, et qui n'ont que ce spectacle pour vivre.
Je croise les doigts que toutes les visites et découvertes ne soient pas dans ce genre, sinon je rentre à la nage.

 

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Nous dépassons donc notre pauvre pêcheur après lui avoir donné un billet qu'il est venu réclamer après sa prestation, puis nous filons directement au sud du lac par aller visiter un des marchés des 5 jours : tout au long de la semaine, le marché se déplace de village en village et aujourd'hui il semble que ce soit à Nampan. En chemin, nous faisons la course avec d'autres sampans chargés de touristes de tous les âges mais reconnaissons-le : nous sommes de loin les plus jeunes ! On se tourne de tous côtés pour faire des photos, on a les cervicales bien entraînées.
Nous passons des jardins flottants qui sont assez uniques à voir. Les Intha, l'une des ethnies de cet état, avec les Shan, font pousser des fleurs, des tomates, des courges et autres fruits et légumes sur des treillis soutenus par un tapis de végétation flottant à la surface. Nous passons près des rangs de tomates qui commencent à mûrir, c'est assez surprenant à voir.

 

 

 

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NAMPAN


Puis nous parvenons au bout de trois bons quarts d'heure à Nampan où un enchevêtrement incroyable de sampans s'offre à la vue. Les bateaux sont longs et effilés, ils s'entassent les uns contre les autres, d'autres viennent se mettre en quinconce, c'est en fait le grand n'importe quoi. Au moins une centaine de sampans sont là, dans le désordre le plus total et évidemment nous n'aurons aucune chance de débarquer. Nous nous trouvons à une trentaine de mètres de la rive. Qu'à cela ne tienne ! Il n'y a pas de problème, il n'y a que des solutions. Nous passons de sampan en sampan, nous en traversons une dizaine au moins pour finalement atteindre la rive. Là, c'est le capharnaüm, encore. Des hordes de blancs parcourent les allées d'un gigantesque marché de bibelots en tout genre pour touristes. Où sont les vrais commerçants ? Où sont les poissons dans leur jus, les viandes sous les mouches, les légumes jaunes, rouges, verts ? Tsss déception. On ne cherche même pas à aller plus en avant, on se fait arrêter tous les mètres pour acheter une pipe à opium, une statue de bouddha, des bracelets "pas chers". Ça sent le parcours à touristes, ça nous déplaît de plus en plus.
Heureusement que notre hôtesse, enfin sa mère, nous a dit qu'on pouvait demander à notre guide de nous amener où on voulait. Très bien, on s'en charge.
Une dizaine de minutes et de photos après, nous retournons à notre sampan et notre guide qui patiente calmement. Nous lui montrons la destination à laquelle nous aimerions aller : un petit village au bout d'un bras du lac, Intein, où se trouve une pagode certes, mais surtout un ensemble de stupas et de temples complètement délabrés à l'arrivée du village. De l'UrbEx birman (UrbEx = urban exploration, la photographie de bâtiments désaffectés). Il est d'accord. Et si on veut s'arrêter dans un monastère de chats sauteurs après, c'est possible? Oui, oui, c'est possible ! Avec un large sourire en plus.

Nous poursuivons notre route dans un dédale de bras et de canaux, dans les "rues" de villages sur pilotis ou les gens vaquent à leurs occupations quotidiennes : vaisselle, toilette, lessive dans la rivière, au pied de la maison, bricolage, cuisine... Et chacun sourit lorsqu'on leur dit bonjour de la main et qu'on les prend en photo. Ils sont vraiment extraordinaires (même si on est conscient de la manne touristique qu'on représente pour eux).

 

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Nous descendons d'abord au sud du lac le long du canal principal qui le relie au lac Sankar et nous arrêtons à Thaung Tho Kyaung. Djago nous montre du bout du doigt la pagode au sommet de la colline d'escaliers. Nous acquiesçons, mais la pagode et ses stupas blancs ne sont pas au top de notre shooting list. Car arrivés à Thaung Tho Kyaung, nous débarquons devant une scène venue d'un autre temps (encore une!) : sur le rivage, peut-être vingt, trente charrettes à buffles stationnent, faisant cargaison de petit bois que des habitants assemblent en petits fagots liés entre eux. C'est magnifique. Pentax et Nikon s'en donnent de nouveau à cœur-joie. Une roue par-ci, un buffle par-là, un joli visage, un sourire... Puis nous nous enfonçons dans le village en laissant les étals de bibelots derrière nous. Nous grimpons le long escalier couvert de tôles en cours d'installation pour visiter la pagode et ses stupas blancs. Ici, le bouddha est subtilement mis en valeur par son lot d'ampoules LEDs mais également par une petite boule disco cachée derrière un néon ! Trop fort ! L'effet est très psychédélique.

 

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Nous rencontrons un couple de vieux Suisses avec lesquels nous comparons nos parcours et nos impressions. Allez, on file, l'heure tourne et y'a Intein et de l'UrbEx qui nous attendent. Il nous tarde de voir ces temples grignotés par la végétation.
C'est apparemment l'heure de la sortie des classes, on se retrouve sur la place du village, devant l'école, et un flot d'enfants en longyi vert foncé et chemise blanche pour les garçons, jupe verte et haut blanc pour les filles, gamelle à la main, sortent de l'école. Une aubaine ! Nouvelle moisson de clichés. Puis nous bifurquons dans de petits chemins - point de goudron, que de la terre battue - et revenons sur la plage et ses dizaines de charrettes à buffles. Nous retrouvons Djago et son sampan, prenons quelques photos des paysans alentours, baignant leurs bêtes, et vogue la galère !

 

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Birmanie - 900Nous remontons le long du canal sud pour revenir à l'embouchure du lac Inle. Il est 13h45. Notre guide accoste à un grand bâtiment sombre, que l'on prend pour un restaurant. C'est un atelier de tissage. Ça tombe bien, on voulait voir ça aussi. Ici on tisse du coton, de la soie et du lotus. Une jeune Shan nous fait la visite de l'atelier en anglais, en décrivant tout le processus d'extraction des fibres de lotus, étirées des tiges, jusqu'à la conception d'un vêtement. À chaque étape, on peut toucher, manipuler c'est vraiment très intéressant. Les métiers à tisser sont d'un autre temps, on se croirait revenu en France au siècle dernier. Tout en bois, avec les navettes qui circulent entre les surfaces de fils, et la tisserande qui joue des pieds sur des bambous en suivant des séquences précises pour alterner les motifs et les couleurs. Autant dire que ce n'est pas à la portée de n'importe qui, au premier abord. Nous passons par la giftshop pour acheter la production locale. C'est le moment de faire un geste pour la Birmanie!
On regarde les chèches, y'en a des sympas, on est décidés à en acheter en lotus. Pas aussi doux que la soie, mais qui a un chèche en lotus parmi vous, hein ?
Finalement ça sera coton, parce que c'est moins cher : 10€ au lieu de 80€! Et on voit des étoffes grimper jusqu'à près de 500$ ! On veut bien aider la cause birmane, mais on voudrait pouvoir manger au retour quand même ! Bonne surprise à la caisse, là ils prennent les cartes de crédit ! Du coup, comme cela ne me retirera pas les kyats que j'ai sur place, je prends un deuxième chèche.

 

DES BANANES ET DES OEUFS

 

Étape suivante : le resto. « Enfaim ! » , hurlent nos estomacs, bien qu'on s'attende à tout, vu ce qu'on a eu la veille.
Très beau cadre, par contre : le restaurant est un bâtiment énorme, sur pilotis comme tous les autres, mais beaucoup plus en hauteur ce qui donne une vue imprenable sur le village et le lac en arrière-plan. Pentax et Nikon s'en donnent une nouvelle fois à cœur-joie. Il est 14h. Nous nous asseyons à une table. Un groupe de Russes bruyants sont près de nous. L'une des babouchkas n'a pas l'air bien, elle est affalée sur son assiette. On plaisante. On attend 5 minutes et la serveuse arrive. On est sur le lac donc que manger d'autre que du bon poisson bien frais? "Ah sori no fish anymore". Chidambaram. Plus de poisson. Tsss c'est bien la peine. On commande donc nos curries habituels, soit porc, soit poulet. Au niveau des repas depuis l'arrivée, nous rotons. J'entends, nous sommes en rotation sur 3 ou 4 plats : le curry de poulet, le curry de porc, la noodle soup et les fried noodles (nouilles frites) avec leur cortège de légumes croquants à souhait. Nous avons essayé des apéros avec crackers de pommes de terre (en fait des frites, mais à l'apéro ça passe bien avec la bière!), des fish crackers (les chips de crevette de nos restos chinois) et hier soir du tofu frit. Mouais. Les boissons sont souvent plus habituelles : soda, eau ou bière. La Myanmar n'est pas mauvaise et ils ont l'excellentissime idée de la vendre en bouteilles de 640 ml! On ne touche généralement pas aux verres ou gobelets qui trempent parfois dans une bassine, comme la dernière fois. Aucune tourista en vue jusqu'à maintenant, on croise les doigts.
La commande faite, la serveuse repart. On ne la reverra plus. Une querelle assez bruyante éclate quelques minutes après dans la partie cuisine, un homme lance des ustensiles partout, on entend un cri, du birman, et l'homme sort et la pousse violemment par dessus le parapet. Elle s'effondre sur le ponton en contrebas, la nuque brisée net alors qu'un chat vient nonchalamment lécher le sang qui coule à travers le plancher, dans l'eau du lac.
Non. Je plaisante. Mais au bout de 30 minutes d'attente sans aucune nouvelle, nous voyons les minutes défiler et notre planning de visites se réduire d'autant et j'ai bien envie d'aller la pousser, la serveuse.
On se lève et on s'en va. Tant pis. Olive émet des doutes sur la manière un peu cavalière de disparaître, pas moi. Il nous reste des bananes et des œufs durs dans le sac (ils ont quelques jours et nous suivent fidèlement, c'est le moment de tester leur niveau de fraîcheur). Ils font admirablement bien l'affaire, l'œuf birman est digne de confiance. Nous repartons comme si de rien n'était, notre Djago nous attendait. Allez, direction Intein. À nous l'UrbEx bouddhique.

 

INTHEIN

 

Nous parcourons maintenant des canaux assez étroits pour pouvoir toucher les herbes et roseaux en tendant les bras de chaque côté. Puis ils s'élargissent de nouveau et nous remontons le courant. Ce canal est perpendiculaire au lac et part vers l'ouest. Il est ponctué de barrages artisanaux en bambou retenant tout ce qui peut flotter, avec une simple ouverture en plein milieu de la largeur d'un sampan. À chaque fois, le niveau de l'eau monte derrière. Djago les prend tous de manière parfaitement rectiligne, faisant se dresser la proue de l'embarcation à un angle certain pendant une seconde avant de poursuive sa route. Il nous fait nous asseoir. Car depuis le début soit Olivier soit moi nous mettons debout pour prendre des photos et y voir mieux. Peut-être le gène-t'on.

 

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En fait non. C'est juste que ce canal est enjambé par des passerelles de bambou ou de ciment assez basses. Prendre un bambou dans la tête, ça passerait encore... Nous poursuivons notre exploration hors des sentiers battus.
Nous débarquons à Intein. Le débarcadère est juste le lieu où le premier des sampans de touristes a bien voulu accoster, on dirait. Nous faisons de même, dans un bras du canal. L'eau reflète le soleil bas et fait briller de mille feux les gouttes d'eau soulevées par les Birmans qui s'y lavent. C'est magnifique.

 

 

Nous passons les marchands du temple, comme d'habitude (même si le temple n'y est pas). Nous débouchons sur une grande place, apparemment la place du village. Gigantesque, en terre battue. Et c'est la fin de l'école, encore ! Fin de journée, cette fois-ci. Un grand bâtiment de bois à étage sur notre droite ouvre son portail branlant et déverse un flot d'élèves de tous les âges, tous habillés en vert et blanc. Les institutrices ferment la marche, dignes, sous leurs ombrelles, et habillées aussi en vert et blanc. Photos.

 

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Nous trouvons un premier groupe de stupas et piteux état. Photos délicates à faire, ils sont entourés de fils et de poteaux électriques. À côté, un portail ouvert d'où nous regarde un petit gars d'une dizaine d'années. Il nous fait un signe de la main, nous invite à le suivre en pointant quelque chose du doigt. Il nous parle birman, on lui répond en franglais. On le suit. Peut-être allons-nous nous faire égorger sauvagement derrière une cahute et ils prendront mon iPad et tu ne pourras jamais lire cette prose trop longue, lecteur.

Ils nous offrent un verre de thé. Nous nous trouvons en fait dans un petit monastère. Un jeune moine nous présente le lieu et leur statue de bouddha. On boit le thé, rassuré qu'il soit très, très chaud (ça tue les bactéries) et nous sortons. 3 autres gamins nous ont rejoints. Ils pointent du doigt une pagode en haut d'un tertre, à quelques centaines de mètres. OK, on suit. Ils jouent au chinlon sur le chemin - une balle de bambou tressé - et j'échange même quelques passes avec eux. Quand on connaît mon intérêt pour le foot et surtout mon niveau, c'est un exploit. 

 

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Nous parvenons à ces stupas. Superbes, et surplombant un vaste cratère dévasté par un feu. En face, la colline avec le temple en fonction. Un paysage lunaire. Je descends dans le cratère. Un autre monde. Les enfants sont toujours avec nous. Nous revenons au monastère en plaisantant comme on peut avec eux. Le courant passe, nous avons de nouveaux amis. Échange de prénoms, blagounettes, serrage de mains, merci pour la visite on reste en contact ? L'un d'eux tend la main. "Money?". Ah les branleurs. Tout ça pour ça. On se fait avoir tout le temps. Un bifeton lâché. On leur donne aussi des échantillons de parfum gentiment offerts par Mme Sephora de Bordeaux-Lac, on ne savait plus quoi en faire. Et ils se taillent en moins de deux !! Ah les ingrats !

Nous continuons notre découverte du village. Les voilà, ces temples en ruine. Encore une fois, on a l'impression d'être dans Le Livre de la Jungle. Ou à Anchor. La végétation s'est ré-approprié le lieu et pousse absolument partout. Même les arbres serpentent jusqu'au sommet des dômes, dans une course pour la hauteur, sinon la lumière. Ici, la nature a vaincu.

 

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Nouveau stock de photos, Olivier n'en peut plus de shooter, changer de carte mémoire, effacer les doublons pour faire de la place. Pas chiens, on s'échange les spots, les prises de vue sympa, on compare nos clichés. Les JO de la photo. De plus, la lumière du couchant est une des meilleures, nous sommes donc là au bon moment. Mais il est déjà temps de repartir. Djago nous attend à son sampan et nous quittons Intein. Cette fois, c'est moi qui prend la première place. Bon, on n'y voit pas forcément mieux le moteur étant assez puissant à l'arrière, la proue se dresse et bloque la vue lorsqu'on est assis. Mais on s'enhardit : on se déplace désormais debout vers l'avant du sampan lancé à pleine vitesse entre les jardins flottants, pour prendre de nouvelles photos. Djago ralentit parfois, mais souvent, nous assurons l'équilibre assez bien. Il fait beau, il fait chaud, nous sommes à l'autre bout du monde, en vacances à faire des photos de malades, tous les deux. La vita è bella !

 

Le monastère n'a rien d'exceptionnel si ce n'est ses chats que les moines entraînent à faire des numéros de sauts. On ne verra pas de spectacle aujourd'hui, de toute façon, on ne vient pas pour ça. J'ai toujours mon sac de vêtements pour enfants à donner à un moine pour qu'il fasse la distribution à qui en aura besoin dans le village. Et justement, j'en repère un qui lustre le parquet en faisant les cent pas d'un bout à l'autre de l'immense hall du monastère, une robe rouge (de moine) aux pieds en guise de chiffon. Je lui explique brièvement la situation, j'ai des vêtements de fille entre 2 et 10 ans, je fais don au monastère pour qu'il les distribue aux familles qui en ont besoin. Il me fait répéter "donation? You donate?" Ben, yes, I donate. Je vais pas te les vendre ! Grand sourire, remerciement, il pose la poche sur une table puis il reprend ses allées venues lustrantes.
Le soleil commence à se coucher. Il faut rentrer. Nous sommes, à vue d'iPad, à une quinzaine de kilomètres de notre base, on va certainement arriver à la nuit. Djago met les gaz et nous quittons rapidement l'enchevêtrement de canaux pour rejoindre le lac en lui-même, passant une dernière fois le long de jardins flottants comme pour admirer une dernière fois les tomates qui mûrissent.
Le retour est tout d'un coup plus frisquet. Olivier met son gilet de sauvetage car il n'a pas apporté de veste ce matin. On lui avait dit, pourtant ! Moi, j'enfile ma veste et nous regardons le soleil se coucher lentement sur les jardins du lac Inle, sans dire un mot. Nous saluons mentalement l'endroit car nous ne le reverrons pas dans l'immédiat, même si on s'est promis de revenir en Birmanie.

 

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Nous arrivons à près de 19h, nous trouvons sur notre chemin un taxi que nous commandons pour moins cher pour le lendemain et nous rentrons.
Petit repas bien sympa dans un restaurant recommandé par nos deux guides, le Lotus, on ne pouvait pas faire moins ! Un menu birman complet avec entrée, plat et dessert, avec en prime un verre de vin rouge birman un peu jeune mais bien boisé et puissant. On entend le patron parler avec un autre Français et lui dire qu'il n'y a que 3 vignobles à Inle, et ce vin provient de l'un d'eux. J'espère en trouver à Yangon pour en rapporter une bouteille.
Nous terminons la soirée par un passage dans des boutiques de souvenirs pour faire le plein et changer un peu d'argent. Nous tombons sur un journal birman avec en gros titre 4 photos : 3 d'hommes, 1 d'Aung San Suu Kyi. Des élections? Nous prenons le journal pour demander au patron. Effectivement il y aura des élections présidentielles l'année prochaine et apparemment la Lady se présenterait. L'homme et un client non loin commencent à engager la conversation sur elle, son père, dont un portrait orne tous les magasins, et même des restaurants, son histoire, le régime, sans qu'on leur demande rien. On sent qu'ils ont envie d'en parler. Nous leur disons qu'elle est très connue dans le monde et que les gens connaissent son histoire et que la France et l'Occident en général sont derrière eux. La conversation est très basique mais ils semblent heureux de parler d'elle. Nous leur demandons si elle a ses chances. Les autres prétendants sont l'actuel président qui n'est apparemment qu'une marionnette aux mains des généraux, et deux autres militaires. Nous leur disons que nous croisons les doigts pour eux. Nouveaux sourires entendus.
Le deuxième et dernier arrêt, nous le faisons dans le magasin de souvenirs qu'on a déjà visité hier, la dame nous reconnaît. Nous lui achetons des bêtises puis de nouveau, on remarque le portrait d'Aung San Suu Kyi à côté de la caisse. On entame de nouveau la conversation en lui parlant des élections. Elle en parle en plaçant carrément la main sur son cœur. On lui demande si la Lady comme ils l'appellent ici est toujours sous assignation à résidence. Non, c'est fini. Olivier commente :
"Oui parce qu'avant, elle avait peur de quitter son pays car il y avait un risque qu'elle ne soit pas autorisée à y entrer de nouveau.
(Regard grave de la commerçante)
- Aung San Suu Kyi n'a pas peur."
Ça a jeté un froid, on ne plaisante pas avec la Lady. Inutile de dire que lorsqu'on parle du tourisme qui aide de plus en plus l'économie du pays, qu'elle ajoute qu'il faut faire la promotion du Myanmar dans notre pays, et que je rajoute - second degré - qu'il ne faut quand même pas trop de touristes parce que ce n'est pas vivable autrement... Elle me jette un regard d'incompréhension. Je me suis senti bête... mais bête... Jamais de second degré dans une quasi-dictature. Je le note et me fouetterai plus tard. Nous nous séparons en bons termes, elle est souriante, on lui dit qu'on croise les doigts pour 2015 et que si la Lady gagne, on reviendra faire la fête avec eux. Et en fait, ça serait vraiment génial. Elle nous donne sa carte pour reste en contact par email.
Retour au bercail, faisage de sac, tapage du journal quotidien que je ne peux finir tellement je m'endors, et extinction des feux.
Demain est un autre jour.

 

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