Jour 2, Bagan

Je suis une quiche.
Pour une raison encore inexpliquée, le réveil est resté silencieux à 6h. Il a bien notifié sur l'écran qu'il fallait que je me lève, mais n'a émis aucun son (alors que même sur "muet", il devrait). Bref, on a loupé l'heure.

Par chance, la bouteille de bière locale Myanmar de 640 ml que j'ai bue au repas me force à me lever à 6h28 pour un pipi matinal. Horreur ! Il est 6h28 ! Je sors Olivier de son sommeil avec difficulté, on s'habille en toute hâte et nous voici partis pour la pagode Shwesandaw, immense bâtiment blanc construit en 1057 par le roi Anawratha (le plus célèbre de la région) pour abriter des cheveux de Bouddha. L'air est frais, très frais à 6h30 du matin et on pédale comme des dératés pour rattraper ce précieux temps perdu. Le soleil, lui, n'est pas en retard et se lève donc sans nous. Nous le voyons au loin, en maudissant mon téléphone. Nous grimpons néanmoins la pagode, la terrasse est déjà occupée par moultes photographes bien installés (car à l'heure) et qui shootent à tout va... Et il y a de quoi.

 

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Une idée nous avait effleurés avant de partir : économiser un peu plus et s'offrir un lever de soleil sur Bagan en montgolfière, activité assez répandue apparemment. Mais à plus de 250€ le vol par personne, nous avons réfléchi longuement et avons plutôt opté pour une location de vélos... Bref, quoiqu'il en soit, le spectacle qui s'offre à nos yeux est encore digne d'un conte de fées : la brume de la nuit est encore rasante, détachant chaque temple du sol comme s'il flottait doucement, en lévitation. Les couleurs forment de subtils dégradés de l'horizon jusqu'à nous, le tout teinté d'un jaune pâle qui réchauffe lentement l'atmosphère. Au dessus des temples et des pagodes, une quinzaine de montgolfières ont pris leur envol, certaines montant plus haut que d'autres, évoluant lentement au grès des courants aériens. La vue est à couper le souffle. Le tout dans un silence religieux, à peine dérangé par les exclamations de certains spectateurs et le cliquetis des appareils. Je mitraille comme je peux, je frôle l'ampoule de l'index, comme Olivier qui ne sait plus de quel point photographier et parcourt la terrasse de long en large.
Les ballons se déplacent toujours lentement à l'horizon, et l'instant magique surgit en un quart de seconde, sans que personne n'ait vraiment osé y croire : l'un d'eux vient se placer exactement entre le soleil et nous, nous offrant une éclipse rapide, rien qu'une pour nous, sur cette pagode, à ce moment. Olivier la voit dans son viseur mais pour une raison là aussi inexpliquée et inexplicable, ne déclenche pas l'appareil. Il appuie juste un quart de seconde trop tard et ne prend qu'une éclipse partielle, ce qui est déjà un exploit, comme je le lui répète tout au long de la journée, à chaque instant ou il pleurera et chouinera d'avoir manqué LE moment dans sa vie (après le jour où il m'a rencontré, évidemment). Quant à moi, tellement pris dans mon mitraillage, je fais le tour de la terrasse aussi quand je me souviens avoir laissé mon sac à dos qui contient tout l'argent du voyage, mes papiers et les clés de l'autre côté. L'éclipse intervient juste au moment où je me baisse pour attraper ce stupide sac. La jeune Japonaise derrière moi émet un petit cri extatique qui me laisse penser que quelque chose est en train d'arriver. Vif comme l'éclair, je me relève et n'ai alors que mes yeux pour pleurer : je vois l'éclipse, mais le temps même que je me dise qu'il faudrait éventuellement profiter de cette situation pour prendre un fort joli cliché à l'aide de l'appareil photo qui pend à mon cou et que je pourrais oublier juste deux secondes ce maudit sac pour prendre ladite photo... l'éclipse est passée. Une quiche disais-je. Mais bon, le souvenir est là, à jamais gravé dans ma mémoire... Tant pis pour toi lecteur. Tu ne la verras pas complète. Elle était néanmoins fort belle.

 

Bagan

© O. Guillot

 

Quelques photos de nous deux, puis on redescend pour revenir en catastrophe à l'hôtel ou le petit déjeuner n'est servi que jusqu'à 9h du matin et il est déjà 8h30 ! Là, c'est la débauche gustative. Une éclipse de la raison. On mange, que dis-je, on s'empiffrer tellement tout est bon. Trois petits déjeuners sont en compétition : birman, européen et américain. Nous nous attaquons sans plus attende au birman évidemment, avec ses saucisses de poulet, ses nouilles frites aux légumes (on en a encore reparlé au repas ce soir), ses samoussas bien gras (la cuisine birmane est très grasse, mais c'est ça qui est bon!), ses jus de fruits colorés, tous présentés au fond du jardin de l'hôtel, derrière les tables, en un longue tablée de plats chauffants. Après deux ou trois passages pour tout goûter ou presque, nous nous finissons sur des pancakes au miel inoubliables.

 

NYAUNG U


Petite pause en chambre où Olivier se perd dans les bras de Morphée pendant que je continue de remplir ce journal, près de la piscine. Puis nous voilà répartis vers 10h direction le centre de Nyaung U. Oui: dans la Zone, il y a Old Bagan, New Bagan et Nyaung U. Avant c'était juste Bagan. Mais un jour de 1990, les militaires au pouvoir ont simplement décidé de déplacer la population 3 km au sud, créant New Bagan (pourquoi? On ne connaît pas la réponse), abandonnant la vieille ville à la nature et dernièrement aux hôtels pour touristes. Les deux villes sont implantées au milieu d'une cinquantaine de petits villages, à côté de la troisième importante : Nyaung U, où se trouve l'aéroport.
Nous voilà donc repartis pour le centre de Nyaung U pour visiter le marché. Aujourd'hui, guide au panier, vélo rose oblige, c'est Olivier qui mène la danse. Nous tombons au hasard de la route sur un long tunnel, ou plutôt un long passage en colonnades et charpente de bois magnifique, propice aux photos. D'ailleurs, il y en a déjà un qui photographie un pauvre moinillon qui n'avait rien demandé (et qui repartira avant qu'on ait pu lui demander de se faire photographier pour nous). Séance photos avec d'autres enfants, puis séance harcèlement par les usuels vendeurs de souvenirs et autres cartes postales, tout ceci les pieds nus car nous venons d'entrer sans le savoir sur un lieu sacré et avons donc laissé nos sandales à l'entrée, comme à chaque fois lors de visites de temples.

 

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Au bout des vendeurs, le choc : nous nous retrouvons nez à stupa, oserais-je dire, avec la pagode Shwezigon, la plus imposante au centre de Nyaung U. C'est même plutôt un complexe religieux avec la pagode au centre et toutes ses décorations ainsi que la coupole recouvertes de feuilles d'or (ou peintes, des fois, mais pas ici), une sorte de parvis autour et sur les côtés d'autres petits temples ou simples lieux de prière où se mêlent gens pieux et gens curieux. On y voit des touristes, des moines, des vendeurs, des jeunes, des vieux, et ça parle, ça crie, il fait une chaleur digne d'un mois d'août et tout est beau. On s'agenouille même devant une minuscule flaque au pied de la pagode qu'une vieille femme remplie consciencieusement de temps en temps et qui reflète, lorsqu'on se met dans la bonne position, au bon angle, le sommet de la pagode elle-même (technique utilisée à l'époque pour vérifier la rectitude du bâtiment, apparemment). Bref, tout ici devient sacré. Il y a des airs de Népal sur cette place.

 

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Nous repassons ensuite par les vendeurs pour reprendre nos sandales... Qui ont disparu ! Non, aucune inquiétude à avoir, lecteur. C'est simplement la petite vendeuse qui nous a repérés à l'aller qui nous les a déplacées pour être sûre de nous retrouver au retour et nous vendre sa came. Il sont malins, ces Birmans...
Direction ensuite le marché dans ses arrières-rues grouillantes de charrettes et de moteurs pétaradants. Un peu déçus néanmoins, les étals de ce marché sont bien moins jolis que ceux du Devaraja Market à Mysore, en Inde, où tout aurait pu avoir été peint dans un tableau. Ici, c'est le bazar, dans tous les sens du terme. Mais les ruelles et allées sont de plus en plus étroites, les gens se bousculent, les marchands de bibelots côtoient les vendeurs de fleurs et de légumes, à côté des poissonniers et bouchers. Enfin, un bien grand mot. Comme partout ailleurs, les étals de poisson et de viande font frémir rien qu'à l'idée de s'en approcher. Aucune glace, aucune hygiène minimum. Ça touche, ça coupe, ça tâte, ça tranche, ça bourdonne (les mouches), ça trempe dans son jus. Les billots de bois sont imprégnés de sang séché, la petite friture baigne dans son eau tiède et les chiens rôdent et se prélassent autour de ce petit monde, mollement écartés par les commerçants lorsqu'ils tentent de se rapprocher un peu trop près...

 

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On refait nos équipes : Olivier part en quête de LA photo et dégaine à tout va. Moi, je m'enfonce davantage dans les allées et dérouille mon marchandage sur un couple de vendeurs de bibelots. Ça va, je n'ai pas trop perdu. Puis on se retrouve. Encore quelques clichés de viande avariée ou sur le point de l'être puis on reprend les vélos pour sortir de ce capharnaüm bouillant.

 

Retour à l'hôtel pour un petit repos rapide, il fait si chaud. Il n'y a pas un nuage dans le ciel aujourd'hui, alors que l'atmosphère était saturée d'humidité et de moustiques à notre arrivée. Je tente une visite à la piscine mais l'eau n'est pas des plus claires... ni des plus chaudes d'ailleurs. Je passe et je reprends ma tablette pour continuer le journal.
14h. Olive se réveille, moi je m'endors, c'est balaud mais on repart pour la seconde partie de la journée. Le Maître Photographe nous entraîne derechef vers Old Bagan, toujours de nouvelles payas, toujours de nouvelles images. On découvre des temples qui ont particulièrement souffert du gros tremblement de terre de 1975. Ils ne se sont pas effondrés mais se sont inclinés. Cela rajoute au charme. Peut-être qu'il n'a pas été jugé bon de les remettre droits lorsque les militaires ont tenté de restaurer le site après la catastrophe. Beaucoup de temples ont également perdu leurs fresques intérieures, les secousses faisant se détacher des pans de murs entiers.
Je tombe sur un vendeur de longyis, cet habit traditionnel birman, comme une longue jupe que les hommes portent à tout âge. Évidemment j'en veux un. Je le porterai tous les jours ! La vendeuse me sert la même soupe qu'à tous les étrangers : pas beaucoup de ventes aujourd'hui, tu es le premier, c'est du lucky money (argent de la chance), il faut en profiter, et en plus j'aurai un discount, juste parce que c'est moi ! En effet, quelle chance ! Je me sens unique tout d'un coup. Mais... attends voir... C'est pas ce qu'elle m'a dit, l'autre vendeuse hier, au temple du coucher de soleil ? Si ! Et elle rajoutait (au cas où je n'aurai pas compris que ses bracelets et bols laqués étaient une véritable occasion à ne pas manquer ) : "c'est moins cher qu'à Leclerc!" Véridique!! Mort de rire. Ils savent y faire, en plus de vous demander "where you from?", "what you name?", ils ont tout un chapelet de phrases de base dans la langue adéquate : "bozou!" (Bonjour), "comment zava?". Même un tout petit qui savait à peine parler s'est approché d'Olivier, hilare, pour lui montrer des étoffes à acheter en lui lançant "hello!".

 

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Nous partons ensuite nous enfoncer dans un village, un vrai, pas pour touristes, et là c'est une autre histoire. Leya. On a vraiment un aperçu du niveau de vie des gens : peu ont une voiture, beaucoup des maisons assemblées de bric et de broc, dont le jardin est clôturé par une barrière rudimentaire de bambou ou de planches de bois. Les chiens errants errent, c'est leur caractéristique. Des enfants jouent dans la rue ou plutôt sur les chemins, car nul goudron ici. Tout est en terre battue et se soulève en nuages de poussière au passage d'une charrette ou d'une moto. Ici se trouve apparemment un monastère de toute beauté.

Nous parvenons au centre après avoir parcouru un dédale d'allées sèches et poussiéreuses et nous finissons par le voir. Un bâtiment totalement étrange, sur pilotis (des poutres en fait), tout en bois de teck pointé et noirci par le temps. A l'étage, qui est le seul niveau, une terrasse entoure une salle unique d'une centaine de m2 fermée par des panneaux de bois qui coulissent ou se relèvent à l'horizontale, maintenus par des piquets pour former alors un passage abrité. Le toit est à couper le souffle : ce n'est pas du bois, c'est de la dentelle. Chaque coin, chaque arête est ciselée, découpée comme on le ferait d'une feuille de papier. Tout n'est qu'arabesques, bestiaire, volutes et déités.

 

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L'intérieur est quasiment vide, mis à part quelques espaces probablement de prières aménagés avec un tapis au sol et un gros gong triangulaire, en forme de chapeau à bicorne, suspendu à une ficelle. Là encore, le soleil joue avec nous. Un trou dans le toit le laisse filtrer et éclairer subtilement la scène, de toute beauté.

 

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En redescendant, une petite meute d'enfants nous attend pour nous vendre leurs dessins. Ils osent tout! Puis ils réclament des cadeaux, des parfums, des stylos, Olivier se fait vite submerger (moi je suis sur mon vélo, ils ne peuvent pas autant s'approcher) et discute avec eux. Puis il nous rejoint et on leur demande de se présenter: il y a Su-Su, une tête de chipie avec deux barrettes qui retiennent ses cheveux courts, Te-Te, le visage bardissé de cette pâte de thanaka jaune que les femmes se mettent pour se protéger du soleil, Nay-Nay, 7 ans, qui veut à tout prix nous vendre quelque chose 1 million de dollars. Éclat de rire général. On fait une photo de groupe, on se dit au revoir (en français!) puis nous repartons.

 

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LE VIEIL HOMME ET LE TROU


Nous nous faisons prendre par le temps une fois de plus, et reprenons nos vélos pour pédaler vers un autre temple qui nous offrira un autre coucher de soleil mémorable, s'il en est. Et là, c'est le drame. Mon vélo m'indique clairement que son pneu arrière n'ira guère plus loin car il est à plat. Evidemment. A force de faire du VTT avec un vieux vélo de ville dans ces chemins de terre ou dix fois par jour on se griffe les bras aux branches d'acacias, ce n'est pas étonnant qu'on roule sur une épine au bout d'un moment. Chidambaram ! On n'est pas loin du Pya Tha Da, le temple de hier, trop loin du nouveau pour y être à temps donc Olivier, la mort dans l'âme, se résout à subir un nouveau coucher de soleil au sommet du même temple. Quelle tristesse. Il est 17h30.
On gare les vélos et je m'enquiers de trouver une pompe. Un chauffeur de taxi me renvoit à l'entrée du temple, où l'on me renvoit à l'arrière. Là, un vieil homme qui regarde passer les touristes et leur indique la direction de l'escalier intérieur me fait signe de lui apporter mon vélo. Je repars donc le chercher, tandis qu'Olivier monte sur la terrasse. Nous ne nous reverrons plus jamais avant la nuit (c'est à dire un peu moins d'une heure après). Je retrouve le vieil homme aux yeux voilés accroupi à côté d'une petite cabane qui sert de toilettes. Il est aussi Monsieur Pipi apparemment. [Puisqu'une fois de plus Pékin Express est passé quelques semaines avant nous, j'apprendrai 3 mois plus tard lors de la diffusion du jeu que le vieil homme n'est autre que le gardien du temple en personne !]
Il couche mon vélo, enlève le pneu, la chambre à air et on trouve de suite le trou, puisqu'une épine d'acacia en ressort de 2 bons centimètres. Il sort son matériel de réparation : rustine, colle, papier abrasif, il a tout ! Il gratte le caoutchouc, mesure, découpe, encolle, colle, tout ceci lentement et avec une précision de chirurgien. Seulement, je ne voudrais pas me faire opérer par lui : il regonfle la chambre, l'approche du sol et instantanément un petit jet d'air souffle du sable. On regarde : il a collé la rustine à côté du trou !
On recommence. Il redécolle, grommelle quelque chose en birman, d'autres hommes se rapprochent, on est 4 ou 5 maintenant, tous autour de lui, à le regarder. Ils discutent. Je ne comprends rien évidemment, mais je devine qu'il demande à l'un d'eux quelque chose en anglais. Je comprends "if you like" (si vous voulez) et on lui répond "as you like" (comme vous voulez) avec une explication derrière. Ça leur prend une bonne partie du temps de la réparation. Une vendeuse non loin vient nous voir et essaye de me refourguer un peu de sa came mais je refuse, l'instant est fatidique. Elle repart. Puis revient. Avec un tabouret en bambou tressé pour que je m'assois. La courtoisie birmane.
Nouvelle rustine. Nouvelle découpe, nouvelle abrasion de la chambre à air, on grommelle un peu, on rigole, on encaisse en même temps les gens qui vont aux toilettes. Une peu de colle sur la chambre, un peu sur la rustine. On aplatit, on colle, on teste. Petit filet d'air dans la terre. La rustine est encore collée à côté du trou... Je ris, mais jaune. Le soleil ne m'attend pas. Je comprends que je ne le verrai pas se coucher ce soir.
Toujours à coups de "if you want/if you like", corrigés de nouveau par "as you want/as you like" (le papi demande à chaque nouvelle personne qui s'arrête pour voir ce qui se passe), on redécouvre une troisième rustine, lentement, sûrement. On cherche ce maudit trou. Un ami à lui plus jeune vient l'aider et me lance des fois des coups d'œil amusés. Le papi relève la tête, me sourit et me baragouine quelque chose en montrant ses yeux voilés de blanc. Ben oui t'es vieux et t'y vois que dalle, mais je dis rien, tu vas m'éviter de rentrer à pied...
Au bout de la troisième rustine, ça y est, c'est colmaté ! Enfin ! Il me remonte tout en un rien de temps et relève mon vélo. Je vais le payer, je ne peux pas partir comme ça, comme un ingrat, il était bien gentil quand même, ça lui a pris trois quarts d'heure ! Le soleil est couché, les gens commencent à redescendre de la terrasse, au compte-goutte vu l'étroitesse de l'escalier intérieur. Le papi m'adresse un grand sourire, pointe un pouce vers le haut pour me demande si tout est bon, je réponds par un plus grand sourire et lui sort mon plus beau birman : "jay zu be" (merci). Puis je lui demande combien je lui dois. Et là, il me répond : "As you want "!
A l'intérieur, je suis mort de rire. Il a passé tout le temps de la réparation à demander comment bien dire "comme vous voulez" en anglais! Puis il se ravise et ajoute : "2 tawzend". Deux mille kyats. C'est quand même plus qu'honnête : un peu moins de 2 dollars. Que je lui donne, n'ayant plus de kyats sur moi. Serrage de main vigoureux, j'ai bien cru qu'il allait m'embrasser!
Olivier redescend, un peu déçu de ne pas encore avoir pris LA photo et que je ne sois pas monté. Puis nous repartons, dans une demi-obscurité grandissante, et je n'ai qu'une chose en tête : pourvu que la rustine tienne...

 


Soirée simple : 19h, retour dans la chambre, douche puis un court repos avant d'aller manger dans un resto non loin, recommandé par le Routard. En effet, cuisine birmane très bonne. Olive prend un Bagan pork curry, un plat local, à la sauce noire. Moi, je me contente de reprendre un prawn curry (curry de gambas/langoustine), comme hier, car je me méfie du curry de porc spécial Bagan : il y a des germes de soja et je n'en raffole pas. En fait, aucun germe en vue et c'est plutôt même une tuerie. Chidambaram. Mon loulou m'en fait goûter quand même, il est mignon. Le tout accompagné de la bière locale Myanmar (640 ml, toujours) et de chips de poisson/crevettes de la taille d'une main en apéro. Un régal.

Olivier a également l'occasion, comme chaque jour, de parfaire son anglais avec les locaux. Il n'osait pas trop au début, par peur du ridicule devant moi apparemment (tsss ! Comme si j'avais l'habitude de me moquer!) puis il se lâche petit à petit jusqu'au feu d'artifice de ce soir. On demande au serveur de nous apporter les chips de crevettes en premier, avec les bières, pour nous faire un apéro (le Birman ne prend pas l'apéro. Le Birman prend tous ses plats en même temps). Puis Olivier commande une soupe à la citronnelle et aux boulettes de viande, délicieuse. Mais lorsque son curry de porc arrive avec mon curry de gambas sans sa soupe, il faut la demander à la serveuse! On ne peut décemment pas manger le plat de résistance avant l'entrée, ce dont les Birmans n'ont aucune conscience !

"Euh exkiouze me, aille euh commande balls mite, eu soup wiz the curry..." Bon, l'orthographe peine à restituer son accent tourangeau si charmant d'habitude mais j'ai bien failli me noyer dans ma Myanmar. Et il en remet une couche au moment de payer : il n'a pas assez de kyats sur lui et doit composer en double devise, avec des dollars. Il compte en anglais avec l'ensemble du personnel du restaurant, réunis pour l'occasion, les maths, c'est son truc, c'est naturel, mais tellement naturel que le français ne peut s'empêcher de resurgir au galop : " yes, one thousand, five thousand, ah oui mais là ça fait six cents..." De Funès dans la Grande Vadrouille : "if aye go tou ze Turkish bass, aye risque, aye risque énormément..." J'adore. De toute façon je sais qu'il ne sert absolument à rien d'essayer de prendre un bon accent, ils comprennent souvent mieux avec des erreurs. Du coups c'est un peu frustrant pour moi mais au moins je repose la langue (mais pas les oreilles, car pour les comprendre, c'est un tout autre problème).


Retour à l'hôtel. Non, nous ne repartirons pas photographier une pagode de nuit, même avec trépied. On n'a plus de jambes, plus de fesses ni d'énergie. Donc on fait les sacs et on se couche. Demain, c'est lever à 4h15 pour partir de Bagan en bateau.