À l'exception de cette première remarque, que j'écris alors que je viens de mettre un point final à ce journal de voyage, chaque étape à été écrite "en temps réel", au jour le jour, d'où certainement des changements de style plus ou moins heureux, en fonction de l'état de fatigue au moment de la rédaction. Je pensais faire quelque chose de plus concis et factuel que ce résultat, mais finalement, j'ai laissé libre cours à mes impressions, non pour jouer à l'écrivain, ce que je ne suis pas, mais plutôt dans le but de conserver un maximum de souvenirs de ce voyage fantastique.

Bouddha, puisqu'il sera très souvent question de Lui de toute évidence, prône le caractère impermanent de toute chose et la nécessité de ne s'attacher à rien pour ne ressentir aucune souffrance. Quitte à souffrir un peu, je vais néanmoins choisir de m'attacher à ce voyage et le retenir aussi longtemps que possible en racontant notre périple. Ce journal n'était pas à l'origine destiné à être lu par qui que ce soit, mis à part Olivier et moi, mais ce site existant désormais, si tu n'es ni lui, ni moi, lecteur, et que la Birmanie t'intrigue, te tente, suis-nous, tu pourrais être séduit...

 

 

Jour 0, Départ

Et voilà, c'est parti pour un nouveau périple...

Vol avec Korean Air. On entre dans l'avion par la business class. On s'enflamme puis on redescend vite après s'en être rendu compte. Déco bleu pâle et crème, comme les hôtesses qui se ressemblent toutes.

Jour 1, Bagan

Impossible de fermer l'œil. A 5h, on se décide à quitter notre hall d'aéroport pour rejoindre à quelques centaines de mètres plus loin l'autre terminal qui gère les vols intérieurs. Et là, c'est le choc. D'un terminal à peu près class et propre on passe dans la quatrième dimension et on se retrouve...

Jour 2, Bagan

Je suis une quiche.
Pour une raison encore inexpliquée, le réveil est resté silencieux à 6h. Il a bien notifié sur l'écran qu'il fallait que je me lève, mais n'a émis aucun son (alors que même sur "muet", il devrait). Bref, on a loupé l'heure.

Jour 3, Bagan-Mandalay

Le réveil fonctionne, cette fois. Mais il ne sert à rien, on est tous les deux réveillés à 3h30, comme la veille. Encore un des mystères du décalage horaire. Le voisin fait hurler sa télé et semble regarder un match de quelque chose. Les gens sont fous (et bruyants).

Les sacs sont prêts, on n'a pas grand-chose à faire d'autre que se doucher et patienter. Olivier trie ses photos car il est déjà à court de support (forcément, il "brackette" : il prend automatiquement chaque photo trois fois avec une exposition différente pour être sûr de ne jamais rien perdre).

Jour 4, Mandalay

Mandalay.
La seule mention de ce nom évoque souvent des impressions, des images d'anciens temps, de larges promenades parcourues par des ladies vêtues de longues robes blanches se protégeant du soleil sous des ombrelles légères, des steamers sur le fleuve débarquant toujours plus de gentlemen, de botanistes venus étudier et découvrir les nouvelles espèces de ce nouveau monde, de contrebandiers en quête de jade et de rubis. Des odeurs de jasmin volant dans des rues où se promènent des moines bouddhistes, le crâne rasé et la robe rouge.

Jour 5, Mandalay

Nous sommes dans le car pour le Lac Inle, nous partons dans quelques minutes pour 10h de trajet à travers la montagne dans un car "VIP". Je vais avoir du temps devant moi pour écrire cette journée.

Ce matin, grasse matinée, comme prévu. Lever royal à 8h30, les courbatures commencent à se faire sentir, comme les coups de soleil pour moi et une paupière gonflée. Tiens, c'est nouveau, ça. J'espère que ça va passer, j'ai pas pris de Doliprane pourtant. Manquait plus que ça. C'est peut-être le soleil aussi. J'avais qu'à mettre de la crème.

Jour 6, Pindaya

Putain de vérole.
Désolé, il fallait que ça sorte. Je suis tellement en colère contre moi-même que je me foutrais des beignes, vraiment. Je reprends où je m'étais arrêté hier soir : dans le car pour Shwe Nyaung. La géographie est particulière : par la route, on arrive dans la région du lac par la ville de Shwe Nyaung. Il faut alors se rendre au village qui se trouve au bord du lac, à 11 km, et qui s'appelle Nyaung Shwe. C'est juste l'inverse des syllabes de la précédente. Pris comme ça, ça peut passer, mais à force de préparer le voyage et de voir toujours à peu près les mêmes syllabes "Shwe", "Nyaung", "Kyaung" et autres "Paya", ça devient confus.

Jour 7, Lac Inle

Une journée plutôt reposante, aujourd'hui. Petit déjeuner avec les habituels pancakes qui ne sont en fait que des crêpes comme les nôtres, le thé ou le café, Olivier qui demande encore s'ils ont du chocolat alors qu'il sait très bien qu'ils n'en ont pas, et l'assiette de fritures (beignets, samoussas, trucs inconnus bons, trucs inconnus moins bons...) puis notre hôtesse speed (qu'entre nous j'appelle Huguette, tu comprendras peut-être, lecteur) nous retrouve à l'accueil lorsque nous sommes prêts pour partir en excursion en bateau, avec un paquet à la main : nos guides!

Jour 8, Ngapali

Avant-dernière étape de notre voyage: Ngapali, prononcé [Napali]. Autrement dit : la plage.
Debout aux aurores ce matin, bien que nous ayons déjà fait plus tôt. 6h15. Comme il n'y a ni rideaux occultants, ni contrevents (on n'est pas en France), le jour s'immisce dans la chambre très tôt le matin. En même temps que les conversations et la musique fortes qui nous parviennent d'à peu près partout en même temps. Le soir, c'est dans la maison en face de la rue qu'il y a du bruit. On ne sait pas ce qu'il s'y passe.

Jour 9, Ngapali

Réveil en douceur. Nous allons déjeuner au bord de la piscine. Les plats sont variés, salés, sucrés, mais pas à la hauteur de ceux de Bagan. C'est évidemment quand même bon et on se gave de nouveau. Le régime, ça sera au retour. On revient à la chambre quand on entend un miaulement désespéré. On tourne la tête à droite, à gauche, on ne voit pas le chat. Puis en écoutant mieux, on réalise que la plainte vient du haut d'un cocotier, juste derrière le mur extérieur de l'hôtel.

Jour 10, Rangoon

Voilà, une étape supplémentaire terminée. Ça commence à sentir la fin. Il est 7h43, je suis sur un siège à lattes devant la chambre. Un haut-parleur de mauvaise qualité vomit tant qu'il peut une chanson de type indien avec un gars qui parle au micro. Depuis au moins 7h, sinon avant. Dès très tôt ici, il faut appendre à être zen. J'ai du louper quelques cours, je suis ronchon. Non, lecteur, pas comme d'habitude. Plus.

Jour 11, Rangoon

Je préfère dire Rangoon que Yangon. C'est bête, mais Yangon ne m'évoque rien, tout simplement parce que je ne connaissais pas le nom avant ce voyage. Alors que Rangoon... Il n'y a rien de plus exotique que cette sonorité. J'imagine la jungle, les explorateurs british aux moustaches en pointe, mais aussi les grand bâtiments coloniaux, les odeurs d'épice, la couleur ocre, sépia. Le désuet. Comme Pondicherry, en Inde.

Jour 12, Rangoon

Pff, aucun répit. Même pour notre dernier jour. Le savent-ils seulement, qu'ils auraient pu nous laisser dormir ? Rien à faire. Nous sommes réveillés vers 6h30, nous levons 2 heures plus tard. Petit déjeuner européen cette fois. Puis on remonte et on fait les sacs, dans un déchirement. C'est décidé, ça sera la journée des déchirements. Plus tard, en descendant à l'accueil, nous obtenons de pouvoir les laisser (nos sacs, pas nos déchirements) dans un coin et surtout d'avoir accès à une douche avant de repartir à l'aéroport, ce qui ne sera pas du luxe, vu l'état de nos pieds et le reste tous les soirs.

Epilogue

En guise de conclusion, je pense qu'on partage tous les deux le même avis sur ce voyage, notre premier : fantastiquement exceptionnel. Rien n'a planté, aucune erreur de parcours si ce n'est ma bêtise d'avoir oublié les guides dans le car, qui a vite été réparée dès le lendemain. Juste histoire de pimenter le périple. Pas même une tourista.